Un entrepreneur doit-il tout faire lui-même ? Déléguer, automatiser ou faire soi-même

Au début d’une entreprise, la réponse semble presque évidente.

Oui.

Il faut vendre.

Communiquer.

Faire des devis.

Répondre aux clients.

Gérer l’administratif.

Comprendre sa comptabilité.

Créer ses supports.

Résoudre les problèmes.

Et, accessoirement, exercer le métier pour lequel l’entreprise a été créée.

C’est souvent la réalité des premières années.

L’entrepreneur devient tour à tour commercial, communicant, gestionnaire, technicien, chef de projet, comptable improvisé et parfois même réparateur de machine à café.

Et quelque part, c’est une excellente école.

Le problème commence peut-être lorsque cette capacité à tout faire devient progressivement la conviction qu’il faut continuer à tout faire soi-même.

Car il existe une différence fondamentale entre :

savoir faire,

pouvoir faire,

et

devoir faire.

Au commencement, être polyvalent est une force

Il serait assez hypocrite de conseiller à chaque entrepreneur de tout déléguer dès son premier jour.

Lorsqu’on démarre avec des moyens limités, on fait naturellement beaucoup de choses soi-même.

Et ce n’est pas nécessairement un problème.

Au contraire.

Créer ses premiers devis permet de comprendre son processus commercial.

Gérer ses premiers clients permet d’identifier leurs attentes.

S’intéresser à sa comptabilité permet de comprendre ses chiffres.

Créer ses premières publications permet de réfléchir à son positionnement.

Modifier son site permet de mieux comprendre son outil.

Cette période développe une qualité extrêmement précieuse :

la compréhension globale de son entreprise.

Un dirigeant n’a pas nécessairement besoin d’être expert dans tous les domaines.

Mais comprendre les grands principes de chacun d’eux l’aidera considérablement lorsqu’il devra prendre des décisions.

Savoir un peu de tout n’est donc pas le problème

Le problème apparaît lorsqu’on confond compréhension et expertise.

Parce qu’un entrepreneur peut apprendre à utiliser Canva sans devenir graphiste.

Il peut créer quelques pages WordPress sans devenir développeur web.

Il peut comprendre les principes du référencement sans devenir consultant SEO.

Il peut utiliser ChatGPT sans devenir expert en intelligence artificielle.

Il peut suivre sa trésorerie sans devenir expert-comptable.

Et c’est parfaitement normal.

Comprendre suffisamment un domaine pour prendre de bonnes décisions est différent de maîtriser ce domaine professionnellement.

Cette distinction est essentielle.

Le syndrome du « je peux le faire moi-même »

Internet a considérablement renforcé ce phénomène.

Besoin d’un logo ?

Canva.

Besoin d’un site ?

WordPress.

Besoin d’une boutique ?

Shopify.

Besoin d’un article ?

ChatGPT.

Besoin d’une vidéo ?

CapCut.

Besoin d’une automatisation ?

Make ou n8n.

Besoin d’apprendre quelque chose ?

YouTube.

Techniquement, nous n’avons jamais eu autant de possibilités de faire les choses nous-mêmes.

Et l’intelligence artificielle accélère encore cette évolution.

La question n’est donc plus vraiment :

« Est-ce que je peux le faire ? »

Dans énormément de situations, la réponse sera :

Oui.

La véritable question devient :

« Est-ce vraiment à moi de le faire ? »

Le coût invisible du « gratuit »

Prenons un exemple volontairement simple.

Un entrepreneur souhaite modifier une fonctionnalité sur son site internet.

Il peut apprendre à le faire lui-même.

Il regarde quelques tutoriels.

Teste une première solution.

Ça ne fonctionne pas.

Il cherche.

Installe une extension.

Un conflit apparaît.

Il cherche encore.

Trois heures plus tard, le problème est finalement résolu.

Coût apparent :

0 €.

Coût réel :

3 heures.

Et c’est là qu’une donnée fondamentale entre en jeu :

combien vaut une heure de votre temps ?

Calculer la valeur de son temps change beaucoup de décisions

Imaginons qu’une heure consacrée à votre activité principale puisse générer 80 € de valeur.

Vous passez quatre heures sur une tâche qu’un spécialiste aurait pu réaliser pour 150 €.

Vous avez économisé :

150 €.

Mais vous avez potentiellement mobilisé :

320 € de temps productif.

Évidemment, le calcul réel est rarement aussi mécanique.

Une heure disponible ne se transforme pas automatiquement en chiffre d’affaires.

Mais le raisonnement reste important.

Parce que l’entrepreneur a tendance à considérer l’argent dépensé comme un coût visible…

…et son propre temps comme une ressource gratuite.

Or le temps du dirigeant est probablement l’une des ressources les plus coûteuses de l’entreprise.

Toutes les tâches n’ont pas la même valeur

Imaginez une journée de huit heures.

Pendant cette journée, un dirigeant pourrait :

répondre à ses emails,

modifier son site,

préparer une publication,

faire sa comptabilité,

chercher une nouvelle application,

préparer une proposition commerciale,

rencontrer un prospect,

réfléchir à une nouvelle offre.

Toutes ces tâches peuvent être utiles.

Mais ont-elles toutes la même valeur pour l’entreprise ?

Probablement pas.

C’est là qu’une distinction devient intéressante.

1. Les tâches à forte valeur ajoutée

Celles pour lesquelles votre expertise, votre expérience ou votre position de dirigeant sont réellement nécessaires.

Par exemple :

  • définir la stratégie ;
  • rencontrer certains clients ;
  • négocier ;
  • créer une nouvelle offre ;
  • prendre des décisions importantes ;
  • développer des partenariats.

2. Les tâches nécessaires mais délégables

Elles doivent être réalisées, mais pas nécessairement par vous.

3. Les tâches automatisables

Elles peuvent être partiellement ou totalement confiées à un système.

4. Les tâches inutiles

Et celles-ci sont souvent oubliées.

Avant de déléguer ou d’automatiser une tâche, il faudrait parfois simplement se demander :

Pourquoi la faisons-nous encore ?

Avant de déléguer, supprimer

On parle énormément de productivité.

Faire plus vite.

Automatiser.

Utiliser l’IA.

Recruter.

Sous-traiter.

Mais l’une des meilleures optimisations consiste parfois à arrêter de faire quelque chose.

Un reporting que personne ne consulte.

Une réunion sans véritable objectif.

Une saisie effectuée deux fois.

Une publication créée uniquement parce qu’« il faut publier ».

Une procédure héritée d’une organisation qui n’existe plus.

Automatiser une tâche inutile ne la rend pas utile.

On obtient simplement :

une tâche inutile réalisée beaucoup plus rapidement.

La première question devrait donc être :

Est-ce nécessaire ?

Puis :

Puis-je la simplifier ?

Puis-je l’automatiser ?

Puis-je la déléguer ?

Et seulement ensuite :

Dois-je continuer à la faire moi-même ?

Déléguer ne signifie pas abandonner

C’est probablement l’un des principaux freins.

Lorsqu’on a construit son activité soi-même, déléguer peut être inconfortable.

On connaît ses clients.

Ses méthodes.

Ses exigences.

Sa manière de faire.

Et une petite voix finit souvent par dire :

« Ce sera plus rapide si je le fais moi-même. »

À court terme, c’est parfois vrai.

Former quelqu’un prend du temps.

Expliquer prend du temps.

Documenter prend du temps.

Contrôler les premiers résultats prend du temps.

Mais si une tâche revient chaque semaine pendant cinq ans, le raisonnement change complètement.

Déléguer consiste à investir du temps aujourd’hui pour en récupérer demain.

Pour déléguer correctement, il faut quand même comprendre

Et c’est là que je nuancerais fortement le fameux :

« Entourez-vous simplement de personnes meilleures que vous. »

C’est une bonne idée.

Mais encore faut-il être capable d’évaluer leur travail.

Un entrepreneur qui ne comprend absolument rien au web aura davantage de difficultés à choisir un prestataire web.

Celui qui ne comprend rien au référencement aura du mal à distinguer une véritable stratégie SEO d’un joli rapport rempli de graphiques.

Celui qui ignore totalement ses chiffres aura du mal à piloter son entreprise, même avec un excellent comptable.

Le dirigeant n’a donc pas besoin de devenir spécialiste.

Mais il a intérêt à posséder suffisamment de connaissances pour poser les bonnes questions.

C’est une nuance fondamentale :

déléguer l’exécution ne signifie pas déléguer aveuglément la compréhension.

L’IA change encore les règles

L’intelligence artificielle ajoute aujourd’hui une nouvelle possibilité.

Pendant longtemps, le choix était relativement simple :

Faire soi-même

ou

Déléguer à quelqu’un.

Une troisième voie prend désormais énormément d’importance :

Automatiser ou se faire assister par l’IA.

Un entrepreneur peut utiliser l’intelligence artificielle pour :

  • préparer un email ;
  • synthétiser un document ;
  • analyser des informations ;
  • structurer une proposition ;
  • préparer une réunion ;
  • rechercher des idées ;
  • générer un premier brouillon ;
  • documenter un processus.

Cela peut représenter un gain de temps considérable.

Mais cela ne change pas le principe fondamental.

L’IA doit être utilisée sur les bonnes tâches.

Faire, déléguer ou automatiser ?

On peut finalement appliquer une grille assez simple à presque toutes les tâches de l’entreprise.

Est-ce stratégique et dépendant de mon expertise ?

Je garde.

Est-ce répétitif et prévisible ?

J’étudie l’automatisation.

Est-ce nécessaire mais mieux réalisé par un spécialiste ?

Je délègue.

Est-ce inutile ?

Je supprime.

Cette grille paraît évidente.

Dans la réalité, l’appliquer demande énormément de discipline.

Parce que nous avons tous tendance à conserver des tâches par habitude.

Attention toutefois à la délégation excessive

Il existe également l’excès inverse.

Tout externaliser.

Communication.

Commercial.

SEO.

Site.

Stratégie.

Relation client.

Gestion.

Puis finir par ne plus vraiment comprendre comment fonctionne sa propre entreprise.

Ce n’est pas davantage souhaitable.

Un entrepreneur doit conserver une vision globale.

Il doit comprendre suffisamment ses principaux leviers pour pouvoir les piloter.

La bonne organisation n’est donc probablement ni :

Tout faire soi-même

ni :

Tout faire faire.

Mais :

Savoir ce que l’on doit maîtriser, ce que l’on doit comprendre et ce que l’on peut confier.

Et si vous aimez vraiment faire certaines tâches ?

Il existe une autre variable que les tableaux de productivité oublient souvent.

Le plaisir.

Imaginons qu’un dirigeant aime réellement créer certaines publications, monter occasionnellement une vidéo ou travailler sur son site.

Même si quelqu’un pourrait techniquement le faire plus rapidement, doit-il obligatoirement déléguer ?

Pas nécessairement.

Une entreprise n’est pas uniquement une machine destinée à optimiser chaque minute.

L’entrepreneur construit également son quotidien.

La question devient alors :

Est-ce que je choisis de faire cette tâche ou est-ce que je la subis ?

La différence est considérable.

Le véritable objectif : sortir progressivement de l’obligation

Au commencement :

« Je dois le faire parce que personne d’autre ne peut le faire. »

Puis :

« Je peux le faire moi-même. »

Et idéalement, avec le temps :

« Je peux choisir de le faire moi-même. »

C’est probablement l’une des évolutions les plus intéressantes d’une entreprise.

Pouvoir continuer à intervenir là où l’on apporte de la valeur ou là où l’on prend du plaisir…

sans être obligé d’être partout.

Une entreprise qui dépend entièrement de vous possède une limite

Cette limite, c’est vous.

Votre temps.

Votre énergie.

Votre disponibilité.

Votre capacité de travail.

Si chaque décision, chaque client, chaque devis, chaque problème et chaque tâche doit obligatoirement passer par le dirigeant, la croissance finira mécaniquement par rencontrer un plafond.

Cela ne signifie pas qu’il faille nécessairement recruter 50 personnes.

Un indépendant peut parfaitement vouloir rester indépendant.

Une petite entreprise peut volontairement rester petite.

Mais même dans ce cas, organiser, documenter, automatiser et déléguer certaines tâches permet de reprendre le contrôle de son temps.

L’objectif n’est pas nécessairement de devenir plus gros.

Il peut simplement être de devenir plus efficace, plus rentable ou plus libre.

Alors, un entrepreneur doit-il savoir tout faire ?

Je dirais :

Non. Mais il doit comprendre beaucoup de choses.

Il doit comprendre suffisamment la vente pour savoir comment son entreprise trouve des clients.

Suffisamment la gestion pour comprendre ses chiffres.

Suffisamment le digital pour comprendre ses principaux leviers.

Suffisamment la communication pour savoir ce que son entreprise veut raconter.

Suffisamment l’IA pour identifier les opportunités qu’elle représente.

Mais son objectif ne devrait pas être de devenir expert dans chacun de ces domaines.

Il devrait surtout apprendre à :

poser les bonnes questions,

choisir les bonnes personnes,

utiliser les bons outils,

et

concentrer son temps là où il possède le plus de valeur.

La vision LudiKreation

C’est également une logique que nous retrouvons régulièrement chez LudiKreation.

Notre rôle n’est pas forcément de faire à la place du client tout ce qui concerne le digital.

Selon les projets, nous pouvons :

faire,

accompagner,

automatiser,

ou former.

Un client peut nous confier entièrement la conception de son site et apprendre ensuite à gérer ses contenus.

Une entreprise peut externaliser son référencement tout en comprenant la stratégie mise en place.

Une équipe peut être accompagnée dans l’intégration de l’intelligence artificielle puis devenir progressivement autonome.

Un processus peut être automatisé plutôt que confié indéfiniment à quelqu’un.

C’est aussi pour cela que les compétences en web, développement, SEO, stratégie, IA, automatisation, communication et formation sont complémentaires.

La bonne solution n’est pas toujours de faire davantage.

Elle consiste parfois à permettre à l’entreprise de mieux répartir ce qu’elle fait déjà.

Entreprendre — Épisode 2 : ce qu’il faut retenir

Au début, savoir toucher à tout est probablement l’une des grandes forces de l’entrepreneur.

Cela permet de comprendre son activité dans son ensemble.

Mais avec le développement de l’entreprise, cette force peut progressivement devenir un piège.

La question n’est plus :

« Est-ce que je sais faire ? »

Elle devient :

« Est-ce réellement à moi de le faire ? »

Avant chaque tâche importante, quatre possibilités méritent donc d’être envisagées :

Faire.

Déléguer.

Automatiser.

Supprimer.

Et peut-être qu’apprendre à choisir entre ces quatre options fait justement partie du métier d’entrepreneur.

À suivre…

Dans le premier épisode, nous avons vu que les outils n’avaient jamais été aussi accessibles.

Dans celui-ci, nous venons de voir pourquoi cette accessibilité ne signifie pas qu’un entrepreneur doive tout faire lui-même.

Il reste maintenant une ressource dont nous n’avons jamais assez parlé :

le temps.

Entreprendre — Épisode 3 :

Combien vaut réellement une heure de votre temps ?

Parce qu’avant de chercher à gagner du temps, encore faut-il savoir ce qu’il vaut.