Quand j’ai commencé à travailler dans le web, il n’y avait pas ChatGPT. Le no-code n’avait évidemment pas la place qu’il occupe aujourd’hui. Les réseaux sociaux étaient différents, les habitudes des internautes aussi, le référencement naturel n’avait rien à voir avec ce que nous connaissons maintenant et une grande partie des outils que j’utilise aujourd’hui quotidiennement n’existait tout simplement pas.

Pourtant, si quelqu’un me demande ce que je fais, je peux toujours lui répondre que je travaille dans le web.

C’est assez étrange quand on y pense.

On peut exercer le même métier pendant dix ou quinze ans sans réellement exercer le même métier pendant dix ou quinze ans. Les outils changent, les attentes évoluent, de nouveaux usages apparaissent et certaines compétences que l’on considérait autrefois comme essentielles deviennent presque secondaires. À l’inverse, des sujets dont on ne parlait pratiquement pas il y a quelques années occupent aujourd’hui une partie importante de nos journées.

Et plus les années passent, plus je suis convaincu d’une chose : l’expérience ne nous dispense jamais d’apprendre.

Elle nous oblige presque à apprendre davantage.

C’est probablement encore plus vrai lorsqu’on entreprend.

Parce qu’un entrepreneur ne doit pas seulement suivre l’évolution de son métier. Il doit aussi comprendre un minimum la communication, le commercial, la gestion, le marketing, les outils numériques, les évolutions réglementaires, les nouvelles attentes de ses clients et désormais l’intelligence artificielle et l’automatisation.

Alors forcément, on ne peut pas tout maîtriser.

Mais on ne peut pas non plus décider qu’on en sait suffisamment.

Parce que le jour où l’on arrête d’apprendre, quelque chose commence doucement à vieillir dans notre entreprise.

Et le plus dangereux, c’est qu’on ne s’en rend pas forcément compte.

Le piège de l’expérience

Il y a quelque chose d’assez paradoxal avec l’expérience.

Au début de notre carrière, on doute énormément. On vérifie. On cherche. On demande conseil. On lit de la documentation. On regarde comment font les autres. On teste plusieurs solutions parce qu’on n’est jamais totalement certain d’avoir choisi la bonne.

Puis les années passent.

On rencontre les mêmes problèmes plusieurs fois. On développe des automatismes. On sait reconnaître certaines situations beaucoup plus rapidement. On commence à savoir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas.

Et heureusement.

C’est précisément cela, l’expérience.

Mais quelque chose peut progressivement changer dans notre manière de réfléchir.

On ne se demande plus forcément :

« Quelle est la meilleure manière de faire aujourd’hui ? »

On commence parfois à se dire :

« Je sais comment faire. »

La différence paraît minuscule.

Elle ne l’est pas.

Parce que « je sais comment faire » peut rapidement devenir « j’ai toujours fait comme ça ».

Et « j’ai toujours fait comme ça » est probablement l’une des phrases les plus dangereuses dans une entreprise.

Je pourrais moi-même continuer à créer des sites internet comme je le faisais il y a dix ans. Ils fonctionneraient probablement. Je pourrais appliquer certaines méthodes SEO qui donnaient de bons résultats autrefois. Continuer à développer chaque fonctionnalité manuellement. Travailler avec les mêmes outils, les mêmes processus, les mêmes habitudes.

Le problème, c’est que le monde autour, lui, aurait continué à avancer.

Avoir quinze ans d’expérience ne signifie donc pas nécessairement avoir quinze années d’évolution.

On peut avoir quinze ans d’expérience.

Ou répéter quinze fois la même année.

Et cette distinction est fondamentale.

Plus on devient compétent, plus il devient difficile d’accepter de redevenir débutant

Il y a aussi une dimension beaucoup plus humaine dans tout cela.

Quand on débute, ne pas savoir est normal.

Personne ne s’attend à ce que l’on maîtrise tout.

Mais lorsqu’on possède dix, quinze ou vingt ans d’expérience, reconnaître que l’on ne comprend pas quelque chose devient parfois plus inconfortable.

On a construit une expertise. Une légitimité. Des clients nous font confiance. On conseille d’autres personnes. On est censé savoir.

Puis arrive une nouvelle technologie.

Et soudain, on redevient débutant.

Je l’ai ressenti avec certains outils. Je le ressens encore régulièrement avec l’intelligence artificielle parce que les possibilités évoluent tellement vite qu’une partie de ce que l’on découvre aujourd’hui aura probablement changé dans quelques mois.

Et je pense qu’il faut apprendre à être à l’aise avec cette sensation.

Accepter de redevenir mauvais à quelque chose.

Accepter de ne pas comprendre immédiatement.

Accepter de poser une question qui semble peut-être évidente.

Accepter de tester un outil et de se sentir beaucoup moins efficace qu’avec celui que l’on utilise depuis dix ans.

Ce n’est pas très agréable pour l’ego.

Mais c’est extrêmement sain pour une entreprise.

Parce que l’expérience ne devrait pas nous donner la certitude de tout savoir.

Elle devrait plutôt nous donner suffisamment de recul pour comprendre tout ce que nous ne savons pas encore.

Se former ne signifie pas forcément retourner à l’école

Quand on parle de formation professionnelle, on imagine facilement une salle, un formateur, un programme, quelques heures ou quelques jours réservés dans un agenda et éventuellement une certification à la fin.

Bien sûr, cela fait partie de la formation.

Mais je pense qu’il faut avoir une vision beaucoup plus large de ce que signifie se former lorsqu’on est entrepreneur.

Je me forme lorsque je suis une formation structurée.

Mais je me forme aussi lorsque je lis une documentation technique parce que je dois intégrer une nouvelle API. Lorsque je teste un nouvel outil pendant deux heures pour comprendre s’il peut être utile à mes clients. Lorsque je regarde comment fonctionne une technologie que je ne connaissais pas la semaine précédente. Lorsque je lis un article spécialisé. Lorsque j’écoute quelqu’un expliquer une manière totalement différente d’aborder un problème que je connais pourtant très bien.

Je me forme également lorsque je me trompe.

Et ça, on l’oublie souvent.

Certaines des choses que je maîtrise le mieux aujourd’hui ne viennent pas d’une formation que j’ai suivie. Elles viennent d’un problème rencontré sur un projet, d’une erreur que j’ai provoquée, d’une solution qui semblait excellente et qui ne l’était finalement pas, ou d’une soirée beaucoup trop longue passée à comprendre pourquoi quelque chose refusait obstinément de fonctionner.

La formation professionnelle ne se limite donc pas à accumuler des certificats.

Elle consiste à entretenir volontairement une capacité à apprendre.

Pour un entrepreneur, cette nuance est essentielle.

L’intelligence artificielle change complètement notre rapport à l’apprentissage

Il y a quelques jours, je parlais justement de la force d’être développeur à l’ère de l’intelligence artificielle et du no-code. Et il y a un aspect que je trouve particulièrement intéressant : nous n’avons probablement jamais eu autant de possibilités pour apprendre aussi rapidement.

Avant, lorsque je découvrais une technologie, je cherchais une documentation. Puis un tutoriel. Puis un forum. Puis un autre forum parce que le premier concernait une version datant de cinq ans. Puis Stack Overflow. Puis une vidéo de quarante-cinq minutes dont la réponse à mon problème se trouvait finalement à la trente-huitième.

Ceux qui travaillent dans le développement voient probablement très bien de quoi je parle.

Aujourd’hui, je peux commencer par discuter avec une intelligence artificielle.

Je peux lui demander de m’expliquer un concept comme si je le découvrais. Puis lui demander d’aller plus loin. Lui donner mon propre exemple. Lui demander pourquoi telle approche serait préférable à telle autre. Lui montrer une erreur. Lui demander de comparer plusieurs solutions.

C’est assez extraordinaire.

Mais il y a un piège.

L’IA peut nous aider à apprendre beaucoup plus vite.

Elle peut également nous aider à éviter d’apprendre.

Et la frontière entre les deux est parfois très fine.

Si je lui demande systématiquement de produire le résultat à ma place sans chercher à comprendre ce qu’elle vient de faire, je deviens plus rapide à court terme, mais probablement plus dépendant à long terme.

Si je lui demande au contraire de m’expliquer pourquoi elle propose cette solution, de comparer différentes méthodes et de m’aider à comprendre ce que je ne maîtrise pas, alors elle devient un outil de formation extraordinairement puissant.

L’intelligence artificielle ne supprime donc pas le besoin de se former.

Elle change profondément la manière dont nous pouvons nous former.

Un dirigeant n’a pas besoin de tout maîtriser, mais il doit comprendre suffisamment pour décider

Il y a évidemment une limite.

Si l’on dirige une entreprise, on ne peut pas devenir expert en comptabilité, en droit, en communication, en cybersécurité, en marketing, en développement, en intelligence artificielle, en commercial et en ressources humaines.

Et ce n’est pas souhaitable.

C’est d’ailleurs quelque chose que j’évoquais dans l’épisode précédent sur le piège du « je vais le faire moi-même » : savoir déléguer fait partie de l’évolution normale d’un entrepreneur.

Mais déléguer ne signifie pas forcément ne plus rien comprendre.

Je n’ai pas besoin d’être expert-comptable pour comprendre les principaux indicateurs financiers de mon entreprise. Je n’ai pas besoin d’être avocat pour savoir qu’un contrat engage ma société. Un dirigeant qui confie son référencement naturel à un prestataire n’a pas besoin de devenir expert SEO, mais comprendre les grandes lignes lui permettra de poser de meilleures questions et de savoir approximativement ce qu’il achète.

La formation permet aussi de mieux déléguer.

Et je trouve ce point particulièrement important.

On oppose parfois expertise et délégation alors que les deux peuvent très bien fonctionner ensemble. Comprendre suffisamment un sujet permet justement de savoir quand il faut faire appel à quelqu’un qui le maîtrise mieux que nous.

Se former ne signifie donc pas vouloir tout faire soi-même.

Cela signifie aussi devenir suffisamment compétent pour prendre de meilleures décisions.

Et puis un jour, on se retrouve de l’autre côté

Depuis quelque temps, je développe également une autre facette de mon activité : la formation.

Et il s’est produit quelque chose auquel je ne m’attendais pas forcément.

Former les autres m’oblige à me former moi-même.

Quand on exerce un métier depuis longtemps, énormément de choses deviennent instinctives.

On fait quelque chose parce qu’on sait que cela fonctionne. On identifie un problème presque immédiatement. On utilise une méthode sans nécessairement réfléchir à toutes les étapes qui nous ont amenés à cette conclusion.

Puis quelqu’un vous demande :

« Pourquoi ? »

Et cette question toute simple peut être redoutable.

Parce que « je fais comme ça depuis dix ans » n’est pas une réponse pédagogique.

Préparer une formation oblige donc à déconstruire ses propres automatismes. Il faut revenir aux fondamentaux, vérifier que ce que l’on croit toujours vrai l’est réellement, rechercher les évolutions récentes, trouver des exemples, anticiper les questions et surtout réussir à expliquer simplement quelque chose qui est devenu évident pour nous.

Et parfois, on découvre que certaines de nos certitudes méritaient justement d’être remises en question.

C’est probablement l’une des choses qui me plaît le plus dans la formation.

Il ne s’agit pas uniquement de transmettre.

Il faut continuer à apprendre pour pouvoir transmettre correctement.

Savoir faire et savoir transmettre sont deux compétences différentes

C’est également quelque chose que j’ai compris en préparant davantage de contenus pédagogiques.

Être bon dans son métier ne signifie absolument pas que l’on saura bien l’enseigner.

Un excellent développeur peut être incapable d’expliquer simplement ce qu’est une variable à quelqu’un qui n’a jamais écrit une ligne de code.

Un excellent commercial peut appliquer instinctivement des techniques qu’il aura énormément de mal à décomposer.

Un professionnel peut connaître parfaitement son sujet et perdre complètement son groupe parce qu’il parle avec son propre niveau de vocabulaire, son propre rythme et ses propres références.

Former oblige à faire un effort différent.

Il faut se souvenir de ce que c’était de ne pas savoir.

Et plus on devient expert, plus cela peut être difficile.

La pédagogie consiste parfois à oublier temporairement une partie de son expertise pour revenir au point de départ de la personne qui se trouve en face.

Qu’est-ce qu’elle sait déjà ?

Qu’est-ce qui lui paraît évident ?

Qu’est-ce qui ne l’est absolument pas ?

À quel moment vais-je trop vite ?

Est-ce qu’elle a compris ou est-ce qu’elle a simplement arrêté de poser des questions ?

Ce dernier point est d’ailleurs particulièrement important.

Le silence n’est pas toujours synonyme de compréhension.

Une bonne formation doit changer quelque chose après la formation

Il existe également un piège lorsque l’on conçoit une formation : vouloir montrer tout ce que l’on sait.

C’est tentant.

On possède énormément d’informations et on veut être généreux. Alors on ajoute du contenu. Puis encore du contenu. Une notion supplémentaire. Un nouvel outil. Une autre méthode.

À la fin, la présentation contient 150 diapositives et tout le monde repart avec la sensation d’avoir reçu énormément d’informations.

Mais combien seront réellement utilisées ?

Je préfère progressivement une autre approche.

Une formation n’est pas réussie parce que le formateur a beaucoup parlé. Elle est réussie parce que l’apprenant est capable de faire quelque chose qu’il ne savait pas faire avant.

Cela change complètement la manière de construire un programme pédagogique.

Il ne faut plus uniquement se demander : « Qu’est-ce que je vais leur expliquer ? »

Il faut se demander :

« Avec quoi doivent-ils repartir ? »

Une méthode ?

Une compétence ?

Une nouvelle manière de réfléchir ?

La capacité à utiliser un outil ?

La confiance nécessaire pour essayer seuls ?

C’est probablement là que la formation rejoint finalement beaucoup l’entrepreneuriat.

Le résultat compte davantage que la démonstration.

Se former coûte du temps. Ne pas se former peut coûter beaucoup plus cher.

C’est souvent le principal problème lorsqu’on entreprend.

On manque de temps.

Il y a toujours un client à rappeler, un devis à terminer, une facture à envoyer, un problème à résoudre ou un projet en retard. Bloquer une demi-journée pour apprendre quelque chose dont on n’a pas immédiatement besoin peut presque donner l’impression de ne pas travailler.

Pourtant, la formation est probablement l’un des rares investissements capables d’avoir un effet pendant plusieurs années.

Une nouvelle compétence peut améliorer la manière dont on travaille sur des dizaines de projets.

Une automatisation découverte aujourd’hui peut faire gagner trente minutes chaque semaine pendant trois ans.

Une meilleure compréhension commerciale peut modifier la manière dont on vend toutes ses prochaines prestations.

Une nouvelle méthode peut éviter de reproduire une erreur pendant des années.

Le retour sur investissement d’une formation est parfois difficile à mesurer immédiatement.

Mais celui de l’ignorance l’est encore davantage.

Combien coûte une méthode dépassée que l’on continue d’utiliser pendant cinq ans ?

Combien coûte un outil que l’on ignore alors qu’il aurait pu nous faire gagner plusieurs heures chaque semaine ?

Combien coûte une mauvaise décision prise simplement parce que l’on ne possédait pas les connaissances permettant d’en mesurer les conséquences ?

Nous regardons facilement le prix d’une formation.

Beaucoup moins souvent le prix de ne pas se former.

Entreprendre, c’est accepter de ne jamais avoir terminé d’apprendre

Je crois finalement que c’est l’une des choses qui me plaît le plus dans l’entrepreneuriat.

Et parfois aussi l’une des plus fatigantes.

Il n’y a jamais vraiment de moment où l’on peut se dire :

« Voilà. Maintenant, je sais tout ce dont j’ai besoin. »

À peine commence-t-on à maîtriser un outil qu’un autre apparaît.

À peine comprend-on un marché que les habitudes changent.

À peine trouve-t-on une méthode efficace qu’une nouvelle technologie vient rebattre les cartes.

Cela peut être épuisant si l’on considère chaque changement comme une menace.

Mais cela devient passionnant lorsqu’on le considère comme une partie normale du métier.

Je n’ai aucune envie de repartir de zéro tous les six mois.

En revanche, je trouve plutôt rassurant de savoir que mon expérience n’est pas figée.

Elle continue à évoluer.

Chaque nouvelle compétence vient s’ajouter aux précédentes. Chaque nouvel outil est confronté à ce que je connais déjà. Chaque formation, chaque projet, chaque erreur et chaque échange enrichissent progressivement cette espèce de bibliothèque mentale que l’on construit année après année.

L’expérience n’est donc pas l’opposé de l’apprentissage.

L’expérience devrait être le résultat de l’apprentissage accumulé.

Et peut-être que la véritable différence entre quelqu’un qui possède quinze ans d’expérience et quelqu’un qui répète la même année depuis quinze ans se trouve simplement là.

Dans la curiosité.

Dans la capacité à continuer à poser des questions.

Dans l’acceptation de ne pas savoir.

Et dans l’envie d’apprendre encore.

Parce qu’au fond, je crois de plus en plus à cette idée :

L’expérience vous apprend à faire votre métier.

La formation vous empêche de continuer à le faire comme il y a dix ans.

Et pour une entreprise, cette différence peut être énorme.


LudiKreation — Créer, former, accompagner

Depuis plusieurs années, LudiKreation accompagne entreprises, entrepreneurs et professionnels dans leurs projets web et digitaux : création de sites internet, développement web, e-commerce, référencement naturel, intelligence artificielle, automatisation, communication et stratégie numérique.

La formation s’inscrit naturellement dans cette continuité.

Parce qu’accompagner une entreprise ne signifie pas uniquement faire les choses à sa place. Cela peut aussi signifier lui transmettre les connaissances et les méthodes qui lui permettront de mieux comprendre ses outils, de gagner en autonomie et de prendre de meilleures décisions.

C’est aussi dans cette logique que se développe Ludik Academy by LudiKreation : transformer l’expérience acquise sur le terrain en formations concrètes, accessibles et directement applicables.

Avec une conviction qui pourrait finalement résumer cet épisode :

Créer, former, accompagner… et continuer soi-même à apprendre.