Quand on entreprend, il y a une phrase que l’on prononce beaucoup trop souvent : « Je vais le faire moi-même. » Au début, elle semble parfaitement logique. On veut économiser de l’argent, garder le contrôle, comprendre comment fonctionne son entreprise et éviter de payer quelqu’un pour une tâche que l’on pense pouvoir réaliser seul. Après tout, lorsqu’on lance son activité, chaque euro compte. Le problème n’est donc pas de faire soi-même. Le problème apparaît lorsque cette logique devient une habitude et que l’entrepreneur continue à tout faire alors même que son entreprise aurait besoin de lui ailleurs.
C’est probablement l’un des pièges les plus discrets de l’entrepreneuriat. Parce qu’il donne justement l’impression d’être productif. On travaille. On avance. On règle des problèmes. On répond aux mails, on modifie son site internet, on prépare ses publications, on crée ses devis, on configure ses outils, on cherche comment automatiser une tâche, on fait sa comptabilité, on tente de comprendre le référencement naturel, on réalise ses visuels… Les journées sont pleines. Pourtant, une journée remplie n’est pas nécessairement une journée rentable.
Et c’est là que le « je vais le faire moi-même » commence à coûter beaucoup plus cher qu’on ne l’imagine.
Faire soi-même n’est pas gratuit
C’est probablement la première erreur de raisonnement. Lorsqu’un entrepreneur réalise lui-même une tâche plutôt que de la confier à un prestataire, il considère souvent qu’il vient d’économiser de l’argent.
Prenons un exemple simple. Vous devez modifier votre site WordPress. Un professionnel vous propose une intervention à 300 €. Vous trouvez le tarif trop important et décidez de vous en occuper vous-même. Quelques tutoriels, quelques recherches Google, quelques essais… et six heures plus tard, la modification fonctionne.
Vous avez économisé 300 €.
Vraiment ?
Ces six heures ont une valeur. Si votre activité vous permet de générer 80 € de chiffre d’affaires par heure lorsque vous travaillez sur votre véritable métier, ces six heures représentent potentiellement 480 € de chiffre d’affaires mobilisable. Et nous ne parlons même pas ici du temps passé à apprendre, des éventuelles erreurs, de la maintenance future ou du risque de devoir finalement faire intervenir un professionnel.
La vraie question n’était donc pas : « Est-ce que je peux le faire moi-même ? »
La vraie question était : « Est-ce que c’est réellement moi qui dois le faire ? »
Cette nuance change énormément de choses.
Votre temps est probablement votre ressource la plus limitée
Un entrepreneur peut trouver davantage de clients. Il peut augmenter ses prix. Il peut recruter, investir, changer d’outil, automatiser certaines tâches ou modifier son organisation. En revanche, il dispose toujours des mêmes vingt-quatre heures dans une journée.
Le temps constitue donc une ressource extrêmement particulière : on ne peut pas en produire davantage.
Pourtant, beaucoup d’entrepreneurs surveillent chaque dépense de 100 € avec une précision impressionnante tout en gaspillant plusieurs heures sans jamais leur attribuer la moindre valeur financière.
C’est paradoxal.
Une heure passée à essayer de comprendre pourquoi un formulaire WordPress ne fonctionne plus est une heure qui n’est pas passée à prospecter. Une demi-journée passée à réaliser une création graphique approximative est une demi-journée qui n’est pas consacrée aux clients. Une soirée passée à comparer quinze outils différents pour économiser 20 € par mois représente parfois plusieurs centaines d’euros de temps professionnel.
À petite échelle, cela semble anodin.
Sur une année entière, cela peut devenir considérable.
Le syndrome du couteau suisse entrepreneurial
Au lancement d’une activité, être polyvalent est souvent une nécessité. Et ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Au contraire, comprendre les différents mécanismes de son entreprise est extrêmement utile.
Le problème apparaît lorsque cette polyvalence devient une identité.
« Personne ne le fera exactement comme moi. »
« Ça ira plus vite si je le fais. »
« Je préfère garder la main dessus. »
« Ce n’est pas compliqué, je peux apprendre. »
Toutes ces phrases peuvent être vraies.
Mais elles peuvent également empêcher une entreprise de grandir.
Car plus une entreprise se développe, plus le rôle de son dirigeant doit évoluer. Celui qui faisait absolument tout au départ doit progressivement apprendre à construire un système dans lequel il n’est plus indispensable à chaque étape.
Sinon, il ne possède pas réellement une entreprise capable de fonctionner : il possède surtout un emploi extrêmement exigeant dont il est devenu le salarié principal.
Savoir faire quelque chose ne signifie pas qu’il faut le faire
C’est une distinction que j’ai moi-même dû apprendre en entreprenant.
On peut être capable de réaliser une tâche sans être la meilleure personne pour la réaliser.
Je peux techniquement effectuer énormément de choses moi-même. Je peux également apprendre ce que je ne maîtrise pas encore. Internet permet aujourd’hui d’accéder à une quantité incroyable de connaissances, et l’intelligence artificielle accélère encore davantage cet apprentissage.
Mais la capacité technique ne doit pas déterminer automatiquement qui doit réaliser une tâche.
Imaginons que je puisse effectuer une mission en cinq heures alors qu’un spécialiste peut la réaliser en deux heures, avec davantage d’expérience et probablement un meilleur résultat. Si ces cinq heures peuvent être utilisées pour signer un nouveau client, développer une offre, accompagner un projet ou améliorer ma stratégie commerciale, vouloir absolument économiser le coût du spécialiste devient rapidement un mauvais calcul.
L’entrepreneur doit progressivement apprendre à distinguer ce qu’il sait faire, ce qu’il aime faire, ce qu’il doit faire et ce qu’il est rentable qu’il fasse.
Ces quatre catégories ne se superposent pas toujours.
Le coût invisible de l’apprentissage
Il existe également un autre élément rarement intégré dans le calcul : la courbe d’apprentissage.
Un professionnel ne facture pas uniquement les deux heures nécessaires à la réalisation d’une tâche. Il facture indirectement les centaines ou milliers d’heures qui lui permettent aujourd’hui de réaliser cette tâche en deux heures.
C’est particulièrement visible dans les métiers techniques.
Créer un site internet semble accessible jusqu’au moment où il faut gérer les performances, le responsive, les sauvegardes, la sécurité, les mises à jour, le référencement naturel, les données structurées, les redirections, les formulaires, les cookies, les intégrations externes ou une erreur serveur apparue après une mise à jour.
La même logique existe dans énormément de métiers : graphisme, vidéo, photographie, comptabilité, droit, publicité, SEO, développement, communication, automatisation…
Le professionnel n’est pas nécessairement payé parce que vous êtes incapable de réaliser la tâche.
Il est souvent payé parce qu’il sait comment la réaliser correctement et rapidement, mais surtout parce qu’il connaît déjà une grande partie des erreurs à éviter.
Et ces erreurs ont parfois un coût largement supérieur au montant initialement économisé.
Attention : déléguer tout n’est pas non plus la solution
L’objectif n’est évidemment pas de transformer chaque petite tâche en facture.
Un entrepreneur doit conserver une compréhension suffisante de son activité. Déléguer quelque chose que l’on ne comprend absolument pas peut d’ailleurs créer une autre forme de dépendance.
Il existe également des périodes où faire soi-même est parfaitement rationnel. Lorsque la trésorerie est limitée, lorsque l’entreprise démarre, lorsqu’une compétence peut devenir stratégique ou lorsqu’une tâche permet justement de mieux comprendre son marché, apprendre et expérimenter soi-même peut être un excellent investissement.
Le problème n’est donc pas le DIY entrepreneurial.
Le problème est de continuer à fonctionner de cette manière lorsque l’entreprise a dépassé cette étape.
Faire soi-même peut être une stratégie de démarrage.
Cela ne doit pas nécessairement devenir une stratégie de croissance.
Avant de faire une tâche, posez-vous quatre questions
Avant de consacrer plusieurs heures à quelque chose qui ne constitue pas directement votre métier, il peut être intéressant de changer légèrement votre manière de réfléchir.
Est-ce que cette tâche apporte directement de la valeur à mon entreprise ?
Certaines tâches sont directement liées à votre expertise ou à votre relation avec vos clients. Elles méritent probablement votre attention.
Combien vaut réellement mon temps ?
Pas uniquement votre taux horaire théorique. Demandez-vous ce que vous pourriez produire, vendre ou développer pendant ces mêmes heures.
Quelqu’un peut-il obtenir un meilleur résultat plus rapidement ?
Si la réponse est oui, il faut au minimum envisager l’externalisation.
Cette tâche va-t-elle se répéter ?
Si vous devez la refaire chaque semaine, chaque mois ou pour chaque client, vous n’avez peut-être pas seulement besoin de déléguer. Vous avez peut-être besoin de standardiser ou d’automatiser.
Cette dernière question est probablement l’une des plus importantes.
Faire, déléguer ou automatiser
Avec le développement des outils numériques et de l’intelligence artificielle, une troisième possibilité prend aujourd’hui une importance considérable.
Pendant longtemps, le choix était relativement simple : faire soi-même ou déléguer.
Aujourd’hui, il faut ajouter : automatiser.
Certaines tâches administratives, commerciales ou marketing peuvent être partiellement automatisées : création de documents, qualification de prospects, synchronisation de données, relances, reporting, publication de contenus, gestion de formulaires, CRM, suivi client…
L’objectif de l’automatisation n’est pas de supprimer systématiquement l’humain.
Il s’agit surtout de supprimer les tâches répétitives qui consomment du temps sans nécessiter réellement l’expertise de l’entrepreneur.
Une entreprise moderne devrait donc régulièrement analyser ses processus avec trois possibilités en tête :
Faire ce qui nécessite réellement son expertise. Déléguer ce qui nécessite l’expertise de quelqu’un d’autre. Automatiser ce qui ne nécessite pas d’être refait manuellement.
Cette logique permet progressivement de créer une organisation plus efficace.
Le vrai indicateur : votre valeur ajoutée
Il existe finalement une question assez simple pour déterminer où un entrepreneur devrait passer son temps :
« Où suis-je réellement difficile à remplacer ? »
Dans beaucoup d’entreprises, le dirigeant apporte sa plus grande valeur lorsqu’il développe la vision, rencontre les clients, construit les offres, crée des partenariats, prend les décisions importantes ou utilise son expertise principale.
Rarement lorsqu’il passe deux heures à comprendre pourquoi une imprimante ne fonctionne plus.
Pourtant, notre cerveau nous pousse facilement vers les petites tâches.
Elles sont concrètes.
Elles ont un début et une fin.
Réparer un problème permet de cocher une case. Développer une stratégie commerciale pour les douze prochains mois est beaucoup plus abstrait.
On peut donc passer toute une journée à résoudre dix petits problèmes et ressentir une impression très satisfaisante de productivité.
Pendant ce temps, la tâche qui aurait réellement pu faire évoluer l’entreprise est toujours en attente.
L’entrepreneur doit apprendre à acheter du temps
C’est probablement l’un des changements de mentalité les plus importants lorsqu’une activité commence à fonctionner.
Au début, on utilise son temps pour économiser de l’argent.
Puis, progressivement, il devient parfois plus intéressant d’utiliser son argent pour récupérer du temps.
Payer quelqu’un 200 € pour récupérer quatre heures n’est pas nécessairement une dépense.
Si ces quatre heures permettent de produire 500 €, de signer un client, d’améliorer une offre ou simplement d’éviter de travailler jusqu’à minuit, cela peut devenir un investissement particulièrement rentable.
La délégation ne doit donc pas uniquement être analysée sous l’angle du coût.
Elle doit également être analysée sous l’angle du temps récupéré et de ce que vous allez en faire.
Car déléguer quatre heures pour ensuite les perdre sur son téléphone n’améliorera évidemment pas la rentabilité de l’entreprise.
La question reste toujours la même : quelle valeur allez-vous créer avec le temps que vous venez de récupérer ?
Le piège ultime : devenir indispensable à sa propre entreprise
À force de tout gérer, un entrepreneur peut finir par créer exactement ce qu’il voulait éviter.
Une entreprise totalement dépendante de lui.
Chaque client passe par lui. Chaque décision nécessite son accord. Chaque problème remonte jusqu’à lui. Les devis, les factures, les projets, la communication, le commercial et les urgences reposent sur la même personne.
Cela peut fonctionner avec cinq clients.
Puis dix.
Puis vingt.
Et un jour, la croissance s’arrête non pas parce que les clients manquent, mais parce que l’entrepreneur est devenu lui-même le principal goulot d’étranglement de son entreprise.
Impossible d’accepter davantage de projets.
Impossible de prendre une semaine de vacances sans surveiller son téléphone.
Impossible de consacrer du temps à la stratégie.
Impossible parfois même de réfléchir.
À ce stade, travailler davantage n’est généralement plus la solution.
Il faut travailler différemment.
Entreprendre, ce n’est pas tout faire
Il existe une certaine fierté à pouvoir dire que l’on a construit quelque chose seul. Et cette capacité à apprendre, bricoler, tester et trouver des solutions fait probablement partie de l’ADN de nombreux entrepreneurs.
Mais entreprendre ne consiste pas à prouver que l’on peut tout faire.
Il s’agit de construire quelque chose qui fonctionne.
Parfois, cela signifie mettre les mains dans le cambouis.
Parfois, cela signifie appeler quelqu’un qui sait mieux faire.
Et parfois, cela signifie créer un système pour que personne n’ait plus jamais besoin de réaliser manuellement cette tâche.
Le « je vais le faire moi-même » n’est donc pas toujours une mauvaise décision.
Mais avant de le prononcer, il faudrait peut-être ajouter une deuxième question :
« Est-ce vraiment la meilleure utilisation de mon temps ? »
Parce qu’au bout du compte, la rentabilité d’une entreprise ne dépend pas uniquement de l’argent qu’elle réussit à économiser.
Elle dépend aussi de la manière dont son dirigeant utilise la seule ressource qu’il ne pourra jamais récupérer :
son temps.
LudiKreation — Créer, former, accompagner
Chez LudiKreation, cette réflexion fait directement partie de notre manière d’aborder les projets numériques. Un site internet, une boutique e-commerce, une stratégie SEO, un développement spécifique ou une automatisation ne doivent pas simplement ajouter un nouvel outil à l’entreprise. Ils doivent permettre de gagner en efficacité, de simplifier les processus et, lorsque c’est possible, de rendre du temps à ceux qui font fonctionner l’entreprise.
Création de sites WordPress, e-commerce, développement web, SEO, intelligence artificielle, automatisation, stratégie digitale et formation : l’objectif n’est pas de faire du numérique pour faire du numérique, mais de construire des solutions réellement utiles à l’activité.
Et parfois, la première étape consiste simplement à identifier tout ce que vous faites encore vous-même… alors que vous ne devriez probablement plus avoir à le faire.
